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C'est dans ce contexte que se transforme le paysage syndical. En septembre 1935, la CGT-U, la confédération d'obédience communiste décide de revenir à la "Vieille maison". Cette attitude découle en fait de la décision du PCF, qui, appliquant les consignes de Moscou, s'oppose déormais à Hitler et Mussolini. La "réintégration" se traduit par une fusion, effective lors du congrès de Toulouse, en mars 1936. Les "Unitaires" ès qualités obtiennent deux places au Bureau confédéral: Benoît Frachon et Julien Racamond, marque d'une organisation en tendances, contraire à l'esprit de la CGT. La CGT ainsi réunifiée demande le passage de la semaine de 48 heures à 40 heures, sans diminution de salaire. Le patronat refuse arguant de la concurrence étrangère. En ce début de printemps 1936, le climat social est calme. En revanche, le climat politique est plus tendu. Réunies dans un front populaire, les gauches abordent les élections législatives du 26 avril et du 3 mai avec optimisme.
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| Impatient, le mouvement social ne va pas attendre le résultat du deuxième tour. Les manifestations du 1er Mai sont imposantes. Pour avoir chômé le 1er Mai, des syndicalistes, ouvriers des usines d'aviation Bréguet au Havre et Latécoère à Toulouse, sont licenciés dès le lendemain. Le 3 mai, le front populaire remporte les élections avec 376 sièges (147 SFIO, 106 Radicaux, 72 PCF, 51 socialistes indépendants) contre 222 aux droites. Mais constitutionnellement, Léon Blum doit attendre un mois pour former son gouvernement. Les Bréguet et les Latécoère n'attendront pas. Le licenciement des syndicalistes a été la goutte d'eau de l'autoritarisme patronal dans le vase des rancoeurs ouvrières. Le 11 mai, 600 ouvriers de Bréguet occupent leur usine, imités le surlendemain par les Latécoère. Le 14 mai, la région parisienne entre dans la danse. Les ouvriers de l'usine Bloch de Courbevoie font la grève sur le tas. Désorientés par la victoire du Front populaire, apeurés par ces occupations pacifiques et spontanées qui empêchent tout lock-out et embauche de jaunes, déçus par les forces de l'ordre qui ne sont pas envoyées contre les grévistes, les patrons cèdent rapidement. Dès le 15, Bloch accepte des augmentations de salaires, le paiement des journées de grève et l'instauration de congés payés. Mais rien n'y fait, le mouvement se propage comme une traînée de poudre. La base et les dirigeants syndicaux multiplient les demandes d'un salaire minimum, des 40 heures et l'instauration de délégués du personnel. Le 28 mai, ce sont les 35 000 Renault qui occupent leurs ateliers suivis par toute la métallurgie parisienne: Caudron, Chausson, Citroën, Farman, Fiat, Talbot... Un accord est vite trouvé chez Renault où le travail reprend dès le 30 mai. Début juin, c'est l'ensemble du pays qui est touché. Les grèves venues de la base touchent la métallurgie, la chimie, le textile, les grands magasins, les cheminots et les PTT. Les grèves touchant les mines, le bâtiment et les cafés-restaurants sont décidées par la direction de la CGT. La Confédération générale de la production française prend peur. Elle entre en contact avec Léon Blum, qui vient de former son gouvernement, et lui demande d'organiser une entrevue avec la CGT. Cette dernière, qui a refusé d'entrer dans le gouvernement Blum au nom de la charte d'Amiens, accepte la rencontre qui débute le 7 juin à 15 heures à l'Hôtel Matignon. Les accords sont signés dans la nuit. Ils serviront de canevas pour négocier les conventions.
Cette première grande victoire du syndicalisme n'entraîne pas une reprise immédiate du travail. Le 9 juin, le bâtiment débraie. Le 11, il y a encore deux millions de grévistes, le jour où Maurice Thorez lance son fameux: «Il faut savoir terminer une grève». Le 12, la métallurgie parisienne reprend, mais début juillet il reste encore 200 000 grévistes. Le 14 juillet 1936, une manifestation monstre célèbre dans une belle unanimité la prise de la Bastille, la fête de la Fédération et les accords Matignon. Charles Maurras, de l'Action Française, parlera de «la lie des faubourgs, mêlée à l'élément juif métèque». Les grèves de 1936 voient pour la première fois un vaste mouvement d'occupation ouvrière, sans arme, sans violence ni destruction. L'ambiance était à la fête, affirmant aussi la nouvelle puissance ouvrière. D'un seul coup tout s'arrête, le son de l'accordéon remplace le bruit des machines, sans pour autant basculer dans la grève générale insurrectionnelle demandée par les journaux d'extrême gauche comme La Lutte Ouvrière (trotskiste), Le Libertaire (anarchiste) et la Révolution Prolétarienne (syndicaliste révolutionnaire). D'un million d'adhérents en mars, la CGT passe à 5 millions de membres en juin. C'est dans les branches où elle était peu représentée qu'elle progresse le plus. Chez les dessinateurs industriels elle passe de 500 à 80 000 adhérents, dans la chimie, de 4 000 à 200 000 et dans la métallurgie, de 50 000 à 780 000, dont 700 à 25 000 chez Renault. C'est donc dans le secteur privé que le mouvement a été le plus vaste et le plus profond. La fonction publique, contente du gouvernement de Front populaire en qui elle se reconnaît, est plutôt restée en retrait de cette lame de fond. Mais le patronat n'a pas regardé les bras croisés, en spectateur impuissant, l'expérience de 1936. Affolé en mai, sonné en juin, il est déjà plus vigoureux en septembre et d'après l'expression de l'historien Jean Bouvier, «en pleine forme en février 1937». Après le premier été des congés payés, le gouvernement Blum marque "la pause". Les projets de retraite des vieux travailleurs, de fonds national du chômage et d'échelle mobile des salaires sont abandonnés. Pourtant les grandes grèves de 36 ne furent pas qu'un feu de paille. Elles ont profondément marqué l'imaginaire collectif du mouvement ouvrier et du syndicalisme français. |
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Alors qu'une immense espérance prenait en France son essor, le glas commençait à sonner pour une République en Espagne. Proclamée en 1931, elle devait succomber en trois ans, de 1936, année du Front populaire, à 1939, sous les coups conjugués de la Phalange et de ses alliés. Malgré le rôle au moins ambigu de l'Internationale communiste, un puissant mouvement de solidarité se manifesta dans tous les pays en faveur des Républicains espagnols.
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Les 40 heures sont en revanche une très ancienne revendication de la CGT, dès sa fondation. La loi du 12 juin instaure donc la semaine de 40 heures sans baisse de salaire. 175 députés de droite tenteront, sans succès, de s'y opposer, pensant qu'elle empêcherait le développement de la production. La presse réactionnaire parlera même des «salopards en casquette qui profitent de la semaine des deux dimanches». En revanche la CGT pensait que les 40 heures allaient faire fondre le chômage. Ce dernier a bien reculé mais avec la modernisation des moyens de production, le patronat n'a embauché qu'au compte-gouttes. Les plus bas salaires sont augmentés de 15%, les autres de 7%. Mais cette hausse nécessaire ne compense pas la baisse des salaires en 1934-1935 de 8 à 20% et en plus, elle est vite rognée par l'inflation qui repart dès l'automne 1936. Par ailleurs, la différence de salaire entre hommes et femmes est réduite et le salaire aux pièces est en grande partie supprimé. La CGT, par la loi du 24 juin, obtient aussi la généralisation des conventions collectives. Auparavant seuls 7% des ouvriers bénéficiaient d'une convention. Elle sera étendue aux ouvriers agricoles le 26 février 1937. Cette nouvelle loi reconnaît aussi le syndicat comme porte-parole des travailleurs dans l'entreprise mettant un terme au face-à-face individuel et déséquilibré entre le patron et l'ouvrier. Ainsi, les nouveaux délégués du personnel sont presque tous des syndicalistes et non des employés manipulables et manipulés comme l'espéraient les patrons. Entre juillet et décembre 1936, 2 336 conventions collectives sont signées, puis 3 064 l'année suivante. En cas de difficulté dans la signature d'une convention, la loi du 31 décembre 1936 met en place un système de conciliation et d'arbitrage tripartite: syndicat-patronat-État. La loi du 21 juin, imposant la scolarité obligatoire jusqu'à 14 ans, est quant à elle plus issue du milieu politique que du mouvement syndical. Mais la CGT s'en est réjouie car elle supprime l'exploitation des enfants au bas salaire et libère des emplois. Enfin elle stimule et améliore l'éducation générale et professionnelle. Par ailleurs d'autres mesures ont été prises pour améliorer plus généralement la vie de l'ensemble des travailleurs. Les ouvriers agricoles obtiennent l'accès aux congés payés et les petits paysans voient fixer un prix minimum des grains que doit faire respecter le nouvel Office national du blé. Pour améliorer le service public et diminuer le prix des transports, la SNCF est créée le 31 août 1937 comme le demandaient les cheminots. Enfin, une décision politique mais syndicalement symbolique: la nationalisation des industries de guerre le 11 août 1936. En effet, c'est dans l'aéronautique civile et militaire (Bréguet, Latécoère) qu'a débuté le raz de marée des grèves de 36.
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